Intelligence artificielle et écologie sont-elles antinomiques ?
Depuis quatre ans, l’intelligence artificielle (IA) progresse à pas de géant dans quasiment tous les domaines. Cette technologie de pointe optimise le travail et facilite les découvertes. Mais, pour fonctionner, elle a besoin de serveurs de plus en plus énergivores et qui engloutissent d’énormes quantités d’eau potable pour refroidir. Pourtant, les patrons de la tech assurent que cette innovation représente une opportunité pour l’écologie.
Lors de la dernière Cop30 à Belém, au Brésil, les participants ont abordé les enjeux actuels de notre planète, parmi lesquels figure l’intelligence artificielle. Cette technologie de pointe ne cesse de progresser depuis le lancement de ChatGPT par OpenAI en 2022. Le secteur est aujourd’hui en ébullition, avec le développement de modèles de plus en plus puissants et révolutionnaires. The Economist estime que plus de 3 000 milliards de dollars d’investissements seront injectés dans ce secteur dans les trois années à venir. Cet effort financier s’explique par les avantages colossaux que l’IA offre dans divers domaines : sante, industrie, économie, éducation, science, etc.
L’intelligence artificielle consomme beaucoup d’électricité
En effet, l’intelligence de a déjà beaucoup apporté dans notre vie quotidienne. Elle a permis d’accroître la production économique, d’améliorer les soins de santé et d’accélérer la recherche scientifique notamment. Personne ne peut nier ces gains concrets et vérifiables. Toutefois, il y a le revers de la médaille, avec notamment les licenciements en masse et l’explosion des fake news. Outre ces deux conséquences regrettables qui vont s’amplifier malheureusement au fil du temps, on craint un désastre écologique, qui pourrait atteindre un point de non retour.
Pour rappel, l’intelligence artificielle repose sur une puissance de calcul énorme. Ce qui en fait une technologie très consommatrice d’énergie. Une requête sur la dernière version de ChatGPT par exemple nécessite entre 18 et 20 Wh (wattheure), contre à peine 0,2 Wh pour une requête Google classique. Comme il y a quotidiennement 2,5 milliards de requêtes sur ChatGPT, l’IA générative d’OpenAI consommerait quotidiennement autant d’énergie que 1,5 million de foyers américains.
En France, environ 10 % de la production électrique est consommée par les centres de données
Ces calculs monstrueux sont effectués par des datacenters, dissimulés à travers le monde. Avec des puces IA de plus en plus puissantes, ces centres de données ont besoin de consommer de plus en plus d’énergie pour fonctionner de façon optimale. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AEI), la consommation électrique des datacenters a atteint environ 415 térawattheure (TWh) en 2024. Cela représente 1,5 % de la consommation électrique mondiale. Et cette consommation doit augmenter potentiellement dans les années à venir car nous aurons davantage besoin de l’IA. L’intelligence artificielle captera donc une bonne partie de l’électricité produite. En France, environ 10 % de la production électrique est déjà consommée par les centres de données. Or la puissance électrique des datacenters devrait tripler d’ici à 2035.
Une consommation d’eau également énorme
Les grands groupes de la tech assurent contrebalancer cette énorme consommation par la construction de fermes photovoltaïques. Toutefois, le développement des énergies renouvelables n’est pas assez rapide pour absorber la hausse de la consommation électrique par l’IA. Mais il n’y a pas que la consommation électrique qui pose problème. En plus d’aspirer l’électricité, l’intelligence artificielle pompe également énormément d’eau.
Les serveurs qui effectuent les calculs informatiques pour l’IA émettent beaucoup de chaleur et donc ont besoin d’eau potable pour refroidir. Plus ces ordinaires sont gros, plus ils demandent de l’eau pour maintenir une température optimale. Les serveurs de ChatGPT-4 consommeraient jusqu’à 1,5 litre pour 100 mots générés. Aux États-Unis, les datacenters, qui hébergent les serveurs, peuvent consommer jusqu’à 19 millions de litres d’eau par jour. Ce volume correspond à la consommation en eau d’une ville de 10 à 50 000 habitants !
L’intelligence artificielle se nourrit de matériaux critiques
Et ce n’est pas tout. En plus de l’eau et de l’électricité, les datacenters nécessitent des matériaux critiques pour leur construction, tels que le cuivre, le lithium et le cobalt. L’extraction de ces minerais est gourmande en eau, mais également génère de la pollution et contribue à la déforestation. Face à ce tableau sombre, il est difficile de croire que l’intelligence artificielle peut-être verte comme le prétendent les patrons de la tech.
Ces barons de la Silicon valley avancent que les solutions basées sur l’IA offrent des capacités inédites pour traiter d’énormes volumes de données et améliorer les prévisions météorologiques. Ils affirment également que l’intelligence artificielle peut aider les gouvernements à produire des rapports sur la qualité de l’air urbain, à cartographier les vulnérabilités et à prendre de meilleures décisions de santé publique, en particulier dans les zones urbaines très polluées. Si c’est vrai, il ne s’agit là que de limiter ou de réparer les dégâts de l’IA et d’autres technologies. Il va falloir trouver mieux pour rendre cette innovation vraiment durable.






