Marseille : les habitants invités à donner leur avis sur la réhabilitation de la friche Legré-Mante
Jusqu’au 15 octobre, la Ville de Marseille organise une consultation sur la réhabilitation de la friche Legré-Mante et la création d’un ensemble résidentiel. Des associations environnementales et de riverains estiment que ce projet sensible aurait mérité une véritable enquête publique, avec un commissaire enquêteur indépendant. Elles s’inquiètent de la qualité de la dépollution portée par le privé et donc soumise à des enjeux financiers.
Bientôt la fin d’un long feuilleton ? La Ville de Marseille a ouvert, le mardi 15 septembre, un registre de participation du public par voie électronique concernant le projet de réhabilitation immobilière et de dépollution de l’ancienne usine chimique Legré Mante à la Madrague de Montredon (8e), sur le littoral sud. Les citoyens ont jusqu’au 15 octobre pour donner leur avis, en particulier sur le dernier permis de construire déposé en 2025. Ils peuvent aussi le faire physiquement en se rendant à la mairie des 6-8 (Bagatelle) ou aux locaux de la Ville de Marseille du 40 rue Fauchier (13002).
La friche de Legré Mante un triple casse-tête pour les promoteurs
Depuis plusieurs années, la friche de Legré Mante constitue un casse-tête urbanistique, écologique et financier pour ceux qui veulent s’y attaquer. Après plus de 130 ans d’activités chimiques, ce site pittoresque est devenu « une verrue » polluée aux métaux lourds (plomb, arsenic, mercure, cadmium et antimoine) et aux résidus de la fabrique d’acide tartrique (cyanures, sulfates). S’il a été convoité par plusieurs promoteurs pour sa situation exceptionnelle, il en a découragé la quasi-totalité à cause du coût de sa dépollution, estimé entre 10 et 15 millions d’euros. Un autre frein s’y est ajouté : les contraintes d’urbanisation dans ce secteur, dont le seul accès, la route des Goudes, est un des plus embouteillés de Marseille.
Un projet immobilier sera développé sur la friche de Legré Mante
Seul Ginkgo a accepté de relever le challenge. Ce promoteur d’un genre nouveau est spécialisé dans la revalorisation de terrains contaminés. Il a racheté la parcelle en 2017 pour y développer un projet immobilier d’envergure baptisé 195 La Calanque. Il s’agit de construire 95 logements de résidence et 105 logements de tourisme (en réhabilitant 85 % des bâtiments existants).
Ginkgo prévoit aussi 1 877 m2 de de commerces de proximité ainsi que 64 « chambres senior ». Sur le volet dépollution, le groupe compte traiter les sols et réhabiliter le crassier, mais également construire une barrière végétale. L’objectif est de redonner un visage reluisant à cette zone qui fait tache dans le décor depuis plusieurs années.
Les associations réclament une véritable enquête publique
Les associations environnementales et de riverains ne sont pourtant pas emballés par le projet. Elles s’inquiètent de la qualité de la dépollution portée par le privé et donc soumise à des enjeux financiers. Les organisations émettent également des doutes sur la finalité immobilière, car la création de nouveaux logements dans ce secteur contraint et en cul-de-sac fait craindre une saturation de la circulation.
« Ce projet sensible aurait mérité une véritable enquête publique, avec un commissaire enquêteur indépendant. Là, c’est juste une consultation du public menée par la mairie. C’est un peu léger pour un sujet si lourd », regrette Rolland Dadena, de l’association Santé littoral sud (ASLS), en première ligne depuis près de 10 ans sur ce dossier.






