Yann LeCun obtient des fonds pour lancer son IA alternative
Yann LeCun, ancien chef de la division IA de Meta, vient de lever 1,03 milliard de dollars pour lancer véritablement sa startup Advanced Machine Intelligence (AMI). Celle-ci souhaite révolutionner l’intelligence artificielle, en la faisant passer de simples modèles prédictifs à des systèmes capables de raisonner, de planifier des opérations et de comprendre le monde physique. Autrement dit, elle veut aller au-delà des LLM actuels, qui ne font qu’aligner des mots ou superposer des pixels.
Yann LeCun ouvre une nouvelle page de son aventure dans la tech. Le co-lauréat en 2018 du prix Turing, considéré comme le prix Nobel de l’informatique, a récemment levé 1,03 milliard de dollars pour lancer sa startup Advanced Machine Intelligence (AMI), valorisée à trois milliards d’euros avant cette opération. Parmi les investisseurs figurent de grands noms comme Nvidia, Samsung, Toyota, Bezos Expeditions, Xavier Niel, Mark Cuban, Marcel Dassault et Eric Schmidt. Leur intérêt pour AMI témoigne des espoirs placés dans l’IA du monde physique.
Yann LeCun mise sur des IA capables de comprendre le monde
Créée il y a tout juste quatre mois, après le départ de Yann LeCun de la direction de AI Meta fin 2025, AMI est une entreprise française d’intelligence artificielle. Basée à Paris, avec des bureaux prévus à New York, Montréal et Singapour, elle se donne pour mission d’accélérer la recherche de nouveaux modèles d’IA capables de comprendre le monde physique. Pour son fondateur, « les approches actuelles de l’IA basées sur la prédiction du prochain mot ou pixel ne produiront pas à elles seules des agents intelligents vraiment capables ». Il veut dépasser les modèles LLM pour atteindre une « intelligence » plus grande et meilleure.
Des « modèles du monde » basés sur JEPA
Convaincu qu’une véritable intelligence artificielle ne passe pas par des chatbots – toujours plus grands et coûteux – Yann LeCun mise sur des « modèles du monde » qui peuvent comprendre comment la réalité fonctionne. Autrement dit, il veut construire des systèmes capables de raisonner comme des êtres humains. Pour cela, le chercheur franco-américain va se tourner vers JEPA, ou Joint Embedding Predictive Architecture. Cette technologie repose sur la capacité d’acquérir d’énormes quantités de connaissances de base sur la façon dont le monde fonctionne, grâce à l’observation et à un apprentissage auto-supervisé. Elle rapproche les modèles d’IA monde de ce qu’on appelle le bon sens chez les humains.
Yann LeCun voit des applications industrielles hors de portée des LLM
Avec ses « world models » (« modèles du monde »), Yann LeCun espère atteindre des applications industrielles hors de portée des LLM. Le chercheur en IA veut des systèmes qui puissent analyser et prévoir des procédés complexes, tels que le fonctionnement d’un moteur d’avion, d’une centrale électrique ou de l’organe d’un patient. Il cible des secteurs comme l’industrie manufacturière et l’aérospatiale (avec la planification de production), le secteur biomédical et pharmaceutique (la recherche), l’automobile (la conduite autonome de nouvelle génération), le robot domestique ou encore les lunettes connectées.
Des discussions avec Meta pour intégrer la technologie d’AMI dans les futures versions des lunettes Ray-Ban
Le PDG d’AMI, Alexandre LeBrun, a déclaré à TechCrunch que son entreprise n’est pas une « startup d’IA appliquée typique », créée en un trimestre pour obtenir des revenus d’ici la fin de l’année. Elle prendrait plus de temps, pour des résultats plus tangibles. Le fondateur LeCun demande, lui, aussi aux investisseurs de se projeter sur le long terme, dans un marché qui récompense la rapidité et le spectacle sans lendemain. Il annonce des discussions en cours avec Meta pour intégrer la technologie d’AMI dans les futures versions des lunettes Ray-Ban. Le groupe de Mark Zuckerberg s’était recentré sur le développement des LLM, ce qui avait provoqué le départ du chercheur. Mais celui-ci assure garder de « bonnes relations » avec son ancien patron.






