Narcotrafic : vers une extension de la protection des lanceurs d’alerte
L’Assemblée nationale a voté jeudi une proposition de loi visant à étendre la protection des lanceurs d’alerte contre le narcotrafic. Adopté contre l’avis du gouvernement, le texte écologiste prévoit un mécanisme de protection des victimes, témoins et repentis plus large que celui déjà existant. Ouassila Benhamdi Kessaci, la mère du militant Amine, était présente à l’hémicycle.
Le jeudi 12 février, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une proposition de loi pour étendre la protection des lanceurs d’alerte contre le narcotrafic, lors de la « niche » parlementaire des écologistes. Adopté contre l’avis du gouvernement, ce texte prévoit d’étendre le dispositif de protection des victimes, témoins et repentis déjà existant, à des personnes qui ne sont pas impliquées dans une procédure judiciaire. Ouassila Benhamdi Kessaci, la mère du militant Amine Kessaci, endeuillée par la mort de deux fils (Brahim et Mehdi), était aux premières loges à l’hémicycle.
Un message envoyé « aux trafiquants »
La proposition de loi écologiste donne « à celles et ceux qui parlent et agissent aujourd’hui sans cadre et sans protection, une protection adaptée pour continuer à le faire », explique la rapporteure du texte Sandra Regol. Le texte propose notamment l’inscription du numéro de téléphone de la victime sur une liste prioritaire, l’attribution d’une identité d’emprunt, la mise en place d’une protection rapprochée ou la remise d’un téléphone grave danger.
Aussi, le texte prévoit que les services locaux de police et de gendarmerie prennent des mesures appropriées, et qu’un « service national » puisse être saisi lorsque « le caractère sérieux de la menace le justifie ». Pour la députée écologiste Sandra Regol, cette proposition de loi est un message envoyé « aux trafiquants, à ceux qui violentent et à ceux qui tuent. ».
L’Etat assure qu’il « garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée » par le narcotrafic
Si la proposition de loi a été adoptée à l’unanimité (123 pour, 0 contre) ce fut uniquement avec les voix de la gauche. Le reste de l’hémicycle s’est abstenu. Il a dit partager l’objectif du texte, mais doute de l’efficacité du dispositif proposé par les Verts. Le gouvernement, lui, y était opposé. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a estimé « qu’au-delà de l’intention » qu’il a jugé « louable », l’Etat « garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée », que ce soit dans un cadre judiciaire ou administratif. Il soupçonne les écologistes d’avoir fait voter ce texte pour se donner bonne conscience. Selon lui, la proposition de loi ferait plutôt courir le « risque » d’un affaiblissement des dispositifs déjà existants.
Marseille gangrenée par le narcotrafic
Le locataire de Beauvau a toutefois adressé son soutien à Ouassila Benhamdi, la mère d’Amine Kessaci, qui vit sous protection policière depuis l’assassinat de son deuxième frère Mehdi, dans un probable « crime d’intimidation » en représailles à son engagement dans la lutte contre le narcotrafic. Membre du parti Les Ecologistes et candidat à Marseille, une cité gangrenée par le narcotrafic, Amine Kessaci a encore dû être exfiltré d’un meeting à Aix-en-Provence la semaine dernière, à la suite d’une alerte de sécurité. Aujourd’hui, sa vie est menacée en permanence. Pendant ce temps, l’État ne sait toujours pas comment mettre fin au narcotrafic et à la violence dans sa commune, port d’attache des dealers en France.






