Taxis à hydrogène : Uber s’engage sur une voie périlleuse
Uber vient d’investir dans HysetCo, une société parisienne louant des taxis à hydrogène, avec pour objectif de constituer une flotte de près de 2 000 véhicules en cinq ans. Cette opération semble risquée en raison des récents déboires d’acteurs de ce secteur, liés au coût élevé du vecteur énergétique. Mais la multinationale américaine aurait un plan pour s’éviter un accident.
Mercredi 22 avril, Uber a annoncé un partenariat financier avec HysetCo, le leader européen de la mobilité à hydrogène. C’est la première fois que le groupe américain investit dans une entreprise française. Ce rapprochement vise à déployer davantage de véhicules et d’infrastructures de recharge en Île-de-France, avec l’objectif de constituer une flotte de 2 000 taxis premium à hydrogène d’ici cinq ans. Mais déjà, d’ici fin 2026, un véhicule sur cinq de son offre Business devrait être une voiture à hydrogène HysetCo.
L’hydrogène coûte trop cher
L’investissement d’Uber dans la mobilité à hydrogène peut surprendre d’autant que la filière n’a pas encore démontré sa rentabilité. En cause, le prix de la molécule, trop élevé. En région parisienne, le prix à la pompe atteint les 20 euros le kilogramme. Ainsi, le coût énergétique aux 100 kilomètres pour un véhicule à hydrogène est trois à cinq fois supérieur à celui d’une voiture électrique à batterie rechargeable. Plusieurs acteurs ont dû jeter l’éponge ces derniers mois ne pouvant plus tirer profit de ce business. C’est le cas de Safra (repris par le chinois Wanrun), de McPhy (racheté par le groupe belge John Cockerill) et Hype, qui a amorcé un virage vers les véhicules électriques à batterie.
Uber a choisi un prêt convertible pour réduire les risques de pertes
Conscient que le terrain est glissant et le pari hydrogène risqué, Uber a fait le choix d’un investissement dans HysetCo via un prêt convertible. Ce modèle économique donne à la plateforme américaine la possibilité de convertir les fonds en actions ultérieurement. Il inclut également que HysetCo et ses investisseurs assument les aspects opérationnels les plus complexes et la majeure partie des risques. Par conséquent, le transporteur américain ne s’expose pas pleinement aux aléas de la chimie et aux conséquences économiques encore plus néfastes du marché de la mobilité à hydrogène.
Les taxis à hydrogène font gagner du temps au niveau de la recharge
Mais ce n’est pas tout. Uber a également bien étudié le marché traditionnel des VTC. Le loueur de taxis sait que le temps de recharge constitue une perte sèche pour un chauffeur effectuant des courses enchaînées en zone urbaine dense. En effet, une borne électrique rapide immobilise le véhicule pendant quarante minutes pour faire le plein de la batterie, alors que l’approvisionnement en hydrogène ne met que trois minutes tout au plus. L’hydrogène permet donc de gagner du temps. Si deux chauffeurs se partagent le véhicule, il n’y a pas d’attente pour se recharger lors de la transmission du volant. Ce qui permettra de rentabiliser les rotations.
Uber cible une clientèle premium en centre-ville
Uber compte par ailleurs réserver ses taxis à hydrogène à une clientèle premium. L’offre Business Taxi vise des professionnels très sensibles à la qualité du service et moins au prix. Elle assure un flux de courses quotidiennes permanentes et bien structurées. En ciblant d’abord les clients les plus exigeants – les patrons en particulier – la plateforme entend attirer les employés d’entreprises vers une gamme de service premium. Selon une étude de Deloitte de 2025 sur la mobilité durable, plus de six salariés sur dix déclarent que les habitudes de transport imposées ou suggérées par leur entreprise influencent leurs choix privés. Voilà donc comment Uber compte tirer profit de la mobilité à hydrogène.





